Le 1er novembre à 13h02, quatre concurrents un peu particuliers quitteront Saint-Malo. Ce sont des intelligences artificielles, et elles courront la Route du Rhum – Destination Guadeloupe sur Virtual Regatta, en IMOCA, au milieu des joueurs. Ce sont des IA généralistes, celles que l’on utilise pour écrire ou programmer. Aucune n’a été conçue pour la voile.
Chacune devra pourtant lire la météo, choisir sa route et mener son bateau seule jusqu’à Pointe-à-Pitre. Pour que la comparaison ait un sens, nous avons donc écrit un protocole strict. Voici qui court, avec quelles informations, selon quelles règles, et comment nous lirons les résultats.
L’essentiel en bref
- Quatre IA généralistes courent en IMOCA, dans la même course que les joueurs.
- Elles ont le même bateau, les mêmes informations et la même consigne.
- Personne ne les aide pendant la course, et chaque erreur rattrapée par le jeu leur coûte une faute.
- Les résultats seront publiés critère par critère, après l’arrivée.

Pourquoi faire courir des IA ?
Les IA généralistes savent rédiger, traduire ou coder. Mais savent-elles décider pendant dix jours, face à une météo qui change sans cesse ? Une course au large est un bon terrain pour le vérifier. Il faut anticiper, arbitrer entre vitesse et prudence, puis corriger ses erreurs sans aide.
Ce test cherche donc à répondre à deux questions. D’abord, une IA peut-elle naviguer aussi bien qu’un bon joueur ? Ensuite, les grandes IA se valent-elles quand on leur confie exactement le même bateau ?
Quatre IA, un même bateau
Les quatre bateaux s’appellent IA – CL, IA – GE, IA – CH et IA – MI. Chacun est piloté par l’IA d’un éditeur différent, dans la meilleure version que cet éditeur nous rend accessible. Leurs initiales vous mettront peut-être sur la piste.
Ces versions sont figées avant le départ. Ainsi, une mise à jour en pleine course ne pourra pas changer un concurrent.
Les quatre IA naviguent sur le même IMOCA, équipé de toutes les options du jeu (full pack). En revanche, elles n’ont accès à aucun consommable en jeu.

Ce que voit chaque IA
Chaque IA reçoit les informations qu’un joueur lit sur son écran, sous une forme compacte.
- Son bateau : position, cap, angle au vent, vitesse, voile, énergie, vent réel, classement et distance à l’arrivée.
- Son routage, c’est-à-dire la route la plus rapide calculée par le routeur du jeu. Il indique aussi les prochaines manœuvres et leur coût, l’énergie prévue, le vent attendu et l’écart entre le prévu et le réel.
- Le parcours : les marques à passer, la distance aux côtes et les zones interdites.
- Ses adversaires : la position des trois autres IA et celle des 10 meilleurs joueurs du classement VSR. Elle ne voit jamais leurs routages ni leurs journaux de bord.
- Sa mémoire : son plan de course, son journal de bord et ses dernières décisions.
Pour la météo, toutes utilisent le modèle GFS, la même source que le routeur du jeu.
Ce que fait chaque IA
Comme un skipper au large, l’IA ne veille pas en permanence. Elle choisit elle-même l’heure de son prochain réveil, entre 15 minutes et 6 heures. Entre deux réveils, le pilote automatique du jeu suit le programme qu’elle a laissé.
Le jeu garde toutefois un œil sur le bateau. Toutes les 15 minutes, il vérifie la situation et réveille l’IA plus tôt en cas de nouvelle météo, d’écart de route, d’échouement, de zone interdite, de côte trop proche ou de programme terminé.

À chaque réveil, l’IA peut :
- demander un routage vers la cible de son choix, cinq fois par heure au maximum ;
- appliquer ce routage, sous forme de caps datés ou de points de passage ;
- donner un cap ou un angle au vent immédiat ;
- choisir sa voile, ou laisser le jeu la choisir ;
- mettre à jour son plan et son journal de bord ;
- fixer l’heure de son prochain réveil.
Des règles fixées avant le départ
- Une consigne unique. Les quatre IA reçoivent le même texte d’instruction, seul le nom du bateau change. Ce texte reste figé pendant toute la course.
- Aucune aide humaine. Personne ne touche aux bateaux pendant la course. Si une intervention manuelle devenait nécessaire, elle serait notée et rendue publique.
- Un filet de sécurité qui coûte une faute. Si une route coupe une côte ou traverse une zone interdite, le jeu l’arrête au dernier point sûr et réveille l’IA. Chaque intervention compte comme une faute. L’IA la retrouve à chacun de ses réveils, et le total sera publié avec le classement.
- Des pannes sans abandon. Si le service d’une IA tombe, le jeu réessaie 15 minutes plus tard, pendant que le bateau suit son dernier programme. En cas de plantage, l’IA redémarre avec sa mémoire intacte.
Sept critères, publiés séparément
Une note unique cacherait trop de choses. Par exemple, une IA peut finir devant en coûtant bien plus cher qu’une autre, ou rester régulière en naviguant trop prudemment. Nous publierons donc sept résultats pour chaque IA :
- son classement, face aux trois autres IA et dans le classement général ;
- son temps de course jusqu’à Pointe-à-Pitre ;
- l’efficacité de sa route, soit la distance parcourue comparée à la route directe ;
- son nombre de fautes, c’est-à-dire de routes rattrapées par le filet de sécurité ;
- son activité, ou le nombre de décisions prises et de routages demandés ;
- sa régularité, mesurée par l’évolution de son classement jour après jour ;
- son coût réel de calcul sur toute la course.
Une répétition générale dans l’océan Indien
Avant le grand départ, le protocole a été testé en conditions réelles. Depuis le 6 octobre, il tourne sur l’Indian Ocean Cup, entre Perth et Colombo, une course d’environ 16 jours. Ce test a permis de régler le filet de sécurité et d’estimer le coût de chaque IA.
Il a aussi révélé des caractères très différents. Avec la même consigne, l’une a tenté une option audacieuse par le sud de la première marque. Une autre, au contraire, recalculait sa route sans arrêt. Sur la Route du Rhum – Destination Guadeloupe, l’épreuve sera plus courte, de 9 à 12 jours en IMOCA.
Ce que ce test ne dira pas
Un test honnête annonce ses limites. Voici les nôtres.
- Une seule course. La météo pèse lourd sur un résultat isolé. Nous parlerons donc de tendances, sans prétendre désigner la meilleure IA pour toujours.
- Des coûts différents. Chaque IA court dans sa meilleure version, mais ces versions n’ont pas le même prix. C’est pourquoi le coût réel sera publié à côté de chaque résultat.
- Un réglage proche, mais pas identique. Trois IA réfléchissent au niveau le plus élevé que propose leur éditeur. La quatrième n’offre pas ce réglage.
- Une consigne commune. Le même texte ne convient pas forcément aussi bien à chaque IA.
- Des versions datées. Les résultats vaudront pour les versions testées en novembre 2026.
- Une totale indépendance. Aucun éditeur d’IA n’est partenaire de l’opération, et aucun ne finance de bateau.
Suivre la course de l’intérieur
Chaque IA tient un journal de bord. Elle y explique ses choix, ses doutes et parfois ses coups de chance. Vous pourrez le lire jour après jour sur notre Discord, dans le canal « Code Rhum – la course des IA ».
Les quatre bateaux apparaîtront aussi sur la carte et au classement, comme ceux des joueurs. Enfin, un second article publiera les résultats critère par critère, après l’arrivée de la dernière IA.
Ferez-vous mieux qu’une IA ?
Inscrivez-vous en IMOCA et vous naviguerez dans la même flotte que les quatre IA. Vous suivrez leurs bateaux sur la carte, puis vous saurez à l’arrivée qui a le mieux navigué. Départ le 1er novembre à 13h02, à Saint-Malo.
